dimanche 30 mars 2014


L’école d’Albane

Il me fallait bien un mois pour me faire une première idée sur cette nouvelle école.


La mission de la pre-school canadienne est ambitieuse, évidemment j’adore (oui, j’avoue, tout est et sera ma faute, ma très grande faute… je connais déjà les griefs qui seront retenus contre moi):

“ Our mission is to OPTIMIZE students’ full potential, to WIDEN their horizons through learning, cooperating and sharing and finally to CREATE an environment that will empower students to successfully exist in a global society.
In a safe, homely atmosphere we SUPPORT students’ individual gifts, creating conditions in which they can develop their interests and talents.
We GIVE our students tools to pursue their dreams and to influence the world we live in. We OFFER education that inspires the development of the whole child. We HELP our students discover the way to succeed in a global, ever-changing society.”


La mission de l’école maternelle en France est, disons, probablement aussi ambitieuse, mais surtout nettement plus pragmatique : « Les enfants y développent leurs facultés fondamentales, perfectionnent leur langage et commencent à découvrir l'univers de l'écrit, celui des nombres et d'autres domaines d'apprentissage. Permettre de vivre une première expérience scolaire réussie est l'objectif majeur de l'école maternelle » (sur education.gouv.fr)


Ceci étant, au-delà des missions, le quotidien des enfants ne s’annonçait pas si différent de ce qu’on découvrait en France depuis presque un an : un enfant de 3 ans a globalement les mêmes besoins de Dijon à Varsovie.
Quoique.


L’école canadienne c’est déjà un bonheur le matin pour les parents:

Le matin, il n’y a pas franchement d’horaires, c’est très bizarre, mais qu’est-ce que c’est agréable (le matin on a notre moment à 3 tranquilou avant de commencer la journée, et qu’est-ce que c’est calme par rapport aux grands matins qu’on a pu connaître, mode « dépêche-toi, on va être en retard, papa a une réunion » en boucle).
Le matin, la maîtresse ne me rappelle pas l’heure à laquelle je dois venir chercher Albane ni ne me re-dit que « demain vous vous souvenez il y a grève de cantine/ péri-scolaire » pour la 4ème fois du mois, mais me fait un grand sourire accompagné d’un « Have a lOOOvely day » avec la bouche grande ouverte sur O, et, feint ou non, mode américaine ou pas, ça fait du bien pour commencer la journée.

En arrivant à l’école, tous les enfants de maternelle sont ensemble, tous les âges réunis, ensuite ils rejoignent leurs groupes respectifs à 9.00 (pour ceux qui sont déjà là), Moumou est chez les « Smilies » (l’équivalent de la petite section, mais avec un nom plus sympa).

A 9.50 c’est le petit-déjeuner, la journée sous perfusion de bouffe commence, Exemple d’une journée ordinaire (lundi dernier) :
- petit déj: Graham bread and mixed bread (90 g), butter (5 g), poultry ham (30 g), egg spread with sprouts (30 g), vegetables (lettuce, chives, radishes; 35 g), tea with fruit juice
- A 12.40 c’est le lunch:
Meat dish: Wholemeal spaghetti with pelatti tomato sauce (200 g), grilled turkey, lettuce mix with fresh vegetables and vinaigrette / Soup: Pea soup (250 ml + 25 g) / Drink: Stewed fruit
- A 15.00 Afternoon snack:
Sweet cottage cheese with peach and raisins (80 g), challah with butter (50 g), sandwiches
Et à 17.00: tartines (fromage, jambon) et/ou fruits selon les restes du midi et du snack.
Sans oublier qu’il y a tous les jours un anniversaire à fêter, à grand renfort de gâteaux faits par les parents, que du light bien sûr (mais passé le mois de mars ça devrait aller, ils seront tous nés au rythme là, à moins que je n’ai pas compris ce qu’ils fêtent)
Ou une occasion de découvrir une spécialité culinaire (mercredi à l’Institut français, ils ont été accueillis avec chocolat et croissants, après –évidemment- avoir pris le petit déj avant de partir).

Bref les parents sont rassurés: les enfants ne mourront pas de faim ici, nous, cela nous inquiète plutôt: Mou n’est pas du genre à laisser quelque chose dans son assiette, goûte évidemment tout, bref elle adore, c’est “l’école où on mange tout le temps”, le paradis pour elle.
Je fais les 10 commandements alimentaires chaque soir: tu n’en reprendras pas, tu ne mangeras pas ce que tes voisins laissent, tu ne te goinfreras pas tant qu’il y en a… etc.

Entre 2 apports caloriques, ce qu’elle fait est beaucoup plus flou.
Pour 2 raisons: parce que, déjà, elle parle plus volontiers de ce qu’elle ingurgite (au sens propre), et surtout parce qu’elle ne comprend pas encore tout ce qu’il se passe entre 2 repas.

Il y a en effet beaucoup d’activités, mais en anglais, et donc parfois elle passe totalement à côté.
Exemple ce jeudi :
« il y a un monsieur qui est venu, avec des trucs comme on avait sur le frigo à Dijon, et hop hop il a parlé, les enfants aussi, et puis bye bye, je ne sais pas pourquoi il est venu ».
On ne peut plus clair. Ça avait l’air très intéressant.
En fait c’était Bartek Jędrzejak, le Alain Gillot-Pétré de TVN Poland, qui leur a présenté la météo et leur a expliqué les previsions météo (les smilies sont en pleine thématique “saisons”). Bon, ben pour cette fois on ne pourra pas dire qu’elle en a profité (gageons qu’en plus elle devait être en pleine digestion).





Heureusement, ce qui est topissime, c’est que les maîtresses des smililes (Miss Karolyna, Miss Sylvia et Miss Kornelia) envoient chaque fin de semaine un message aux parents pour leur expliquer tout ce que les enfants ont fait dans la semaine (ça me permet de re-expliquer à Mou tout ce qu’elle a zappé, c’est comme ça que j’ai compris pour Mr Météo) et ce qui est prévu pour la semaine suivante - là, ça me demande un peu de boulot pour introduire les themes à Mou, parce que les themes sont nouveaux pour moi:
-       ils ont déjà noyé Marzanna: symbole (slave) de l'hiver, noyée pour faire place à la joie d'accueillir le retour du printemps et donc de l'éveil de la nature avec toutes ses promesses de récoltes futures
-       fêté Dr Seuss-Day, un auteur/dessinateur américain,
-       organisé un Ask-a-question-Day… etc
ça n’arrête pas, j’ai du mal à suivre.

Entre les repas et les activités, les enfants adorent aussi parce que
-       rien n’est imposé “we never force children”, parmi lesquels la sieste, le 2nd rêve de Mou après les repas: ne pas être obligée de dormir, bientôt 4 ans qu’elle attendait cela
-       c’est une école où on ne punit pas (ça, on le tient d’Albane, qui nous a expliqué que quand quelqu’un fait une bêtise, la maîtresse lui parle et “c’est tout”)

Force est de constater que cela produit des résultats: le matin par exemple, il n’y a pas de crises liées aux tétines, comme j’ai pu en voir à Dijon, tous les enfants ont abandonné la tétine d’eux-mêmes, pareil pour les doudous…
“The Canadian Preschool offers a warm, family environment, which is conducive to engendering a feeling of security and of one’s own worth; the child is thereby encouraged to be positive in outlook towards itself and the world. Our priority is to recognise and develop the abilities of our charges. We stand fast by the conviction that every child has great potential and most surely must possess some exceptional talent or other that should be nurtured.”

RDV dans 2 ans pour un « bilan » (cher à notre système éducatif) elle ne saura peut-être pas compter, mais
1-    elle aura bien mangé
2-    elle se sera bien amusée, et …
3-    elle aura plein de copains dans le monde (enfin, à valider… son voisin de casier qui vient juste d’arriver lui aussi est serbe, et s’appelle Viktor Milosevic, je me demande quand même si je vais avoir l’ouverture d’esprit requise pour l’inviter à l’anniversaire de Mou)


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