L’école d’Albane
Il me fallait bien un mois pour me faire une
première idée sur cette nouvelle école.
La mission de la pre-school canadienne est
ambitieuse, évidemment j’adore (oui, j’avoue, tout est et sera ma faute, ma
très grande faute… je connais déjà les griefs qui seront retenus contre moi):
“ Our
mission is to OPTIMIZE students’ full potential, to WIDEN their horizons
through learning, cooperating and sharing and finally to CREATE an environment
that will empower students to successfully exist in a global society.
In a safe,
homely atmosphere we SUPPORT students’ individual gifts, creating conditions in
which they can develop their interests and talents.
We GIVE our
students tools to pursue their dreams and to influence the world we live in. We
OFFER education that inspires the development of the whole child. We HELP our
students discover the way to succeed in a global, ever-changing society.”
La mission de l’école maternelle en France
est, disons, probablement aussi ambitieuse, mais surtout nettement plus
pragmatique : « Les enfants y développent leurs facultés
fondamentales, perfectionnent leur langage et commencent à découvrir l'univers
de l'écrit, celui des nombres et d'autres domaines d'apprentissage. Permettre
de vivre une première expérience scolaire réussie est l'objectif majeur de
l'école maternelle » (sur education.gouv.fr)
Ceci étant, au-delà des missions, le quotidien
des enfants ne s’annonçait pas si différent de ce qu’on découvrait en France
depuis presque un an : un enfant de 3 ans a globalement les mêmes besoins
de Dijon à Varsovie.
Quoique.
L’école canadienne c’est déjà un bonheur le
matin pour les parents:
Le matin, il n’y a pas franchement d’horaires,
c’est très bizarre, mais qu’est-ce que c’est agréable (le matin on a notre
moment à 3 tranquilou avant de commencer la journée, et qu’est-ce que c’est
calme par rapport aux grands matins qu’on a pu connaître, mode
« dépêche-toi, on va être en retard, papa a une réunion » en boucle).
Le matin, la maîtresse ne me rappelle pas
l’heure à laquelle je dois venir chercher Albane ni ne me re-dit que
« demain vous vous souvenez il y a grève de cantine/ péri-scolaire »
pour la 4ème fois du mois, mais me fait un grand sourire accompagné d’un
« Have a lOOOvely day » avec la bouche grande ouverte sur O, et,
feint ou non, mode américaine ou pas, ça fait du bien pour commencer la
journée.
En arrivant à l’école, tous les enfants de
maternelle sont ensemble, tous les âges réunis, ensuite ils rejoignent leurs
groupes respectifs à 9.00 (pour ceux qui sont déjà là), Moumou est chez les
« Smilies » (l’équivalent de la petite section, mais avec un nom plus
sympa).
A 9.50 c’est le petit-déjeuner, la journée
sous perfusion de bouffe commence, Exemple d’une journée ordinaire (lundi
dernier) :
- petit déj: Graham bread and mixed bread (90
g), butter (5 g), poultry ham (30 g), egg spread with sprouts (30 g),
vegetables (lettuce, chives, radishes; 35 g), tea with fruit juice
- A 12.40 c’est le lunch:
Meat dish: Wholemeal spaghetti with pelatti
tomato sauce (200 g), grilled turkey, lettuce mix with fresh vegetables and
vinaigrette / Soup: Pea soup (250 ml + 25 g) / Drink: Stewed fruit
- A 15.00 Afternoon snack:
Sweet cottage cheese with peach and raisins
(80 g), challah with butter (50 g), sandwiches
Et à 17.00: tartines (fromage, jambon) et/ou
fruits selon les restes du midi et du snack.
Sans oublier qu’il y a tous les jours un
anniversaire à fêter, à grand renfort de gâteaux faits par les parents, que du
light bien sûr (mais passé le mois de mars ça devrait aller, ils seront tous
nés au rythme là, à moins que je n’ai pas compris ce qu’ils fêtent)
Ou une occasion de découvrir une spécialité
culinaire (mercredi à l’Institut français, ils ont été accueillis avec chocolat
et croissants, après –évidemment- avoir pris le petit déj avant de partir).
Bref les parents sont rassurés: les enfants ne
mourront pas de faim ici, nous, cela nous inquiète plutôt: Mou n’est pas du
genre à laisser quelque chose dans son assiette, goûte évidemment tout, bref
elle adore, c’est “l’école où on mange tout le temps”, le paradis pour elle.
Je fais les 10 commandements alimentaires
chaque soir: tu n’en reprendras pas, tu ne mangeras pas ce que tes voisins
laissent, tu ne te goinfreras pas tant qu’il y en a… etc.
Entre 2 apports caloriques, ce qu’elle fait
est beaucoup plus flou.
Pour 2 raisons: parce que, déjà, elle parle
plus volontiers de ce qu’elle ingurgite (au sens propre), et surtout parce
qu’elle ne comprend pas encore tout ce qu’il se passe entre 2 repas.
Il y a en effet beaucoup d’activités, mais en
anglais, et donc parfois elle passe totalement à côté.
Exemple ce jeudi :
« il y a un monsieur qui est venu, avec
des trucs comme on avait sur le frigo à Dijon, et hop hop il a parlé, les
enfants aussi, et puis bye bye, je ne sais pas pourquoi il est venu ».
On ne peut plus clair. Ça avait l’air très
intéressant.
En fait c’était Bartek Jędrzejak, le Alain
Gillot-Pétré de TVN Poland, qui leur a présenté la météo et leur a expliqué les
previsions météo (les smilies sont en pleine thématique “saisons”). Bon, ben
pour cette fois on ne pourra pas dire qu’elle en a profité (gageons qu’en plus
elle devait être en pleine digestion).
Heureusement, ce qui est topissime, c’est que
les maîtresses des smililes (Miss Karolyna, Miss Sylvia et Miss Kornelia)
envoient chaque fin de semaine un message aux parents pour leur expliquer tout
ce que les enfants ont fait dans la semaine (ça me permet de re-expliquer à Mou
tout ce qu’elle a zappé, c’est comme ça que j’ai compris pour Mr Météo) et ce
qui est prévu pour la semaine suivante - là, ça me demande un peu de boulot
pour introduire les themes à Mou, parce que les themes sont nouveaux pour moi:
-
ils ont déjà noyé Marzanna: symbole
(slave) de l'hiver, noyée pour faire place à la joie d'accueillir le retour du
printemps et donc de l'éveil de la nature avec toutes ses promesses de récoltes
futures
-
fêté Dr Seuss-Day, un auteur/dessinateur
américain,
-
organisé un Ask-a-question-Day… etc
ça n’arrête pas,
j’ai du mal à suivre.
Entre les repas et les activités, les enfants
adorent aussi parce que
-
rien n’est imposé “we never force
children”, parmi lesquels la sieste, le 2nd rêve de Mou après les repas: ne pas
être obligée de dormir, bientôt 4 ans qu’elle attendait cela
-
c’est une école où on ne punit pas (ça,
on le tient d’Albane, qui nous a expliqué que quand quelqu’un fait une bêtise,
la maîtresse lui parle et “c’est tout”)
Force est de constater que cela produit des
résultats: le matin par exemple, il n’y a pas de crises liées aux tétines,
comme j’ai pu en voir à Dijon, tous les enfants ont abandonné la tétine
d’eux-mêmes, pareil pour les doudous…
“The Canadian Preschool offers a warm, family
environment, which is conducive to engendering a feeling of security and of
one’s own worth; the child is thereby encouraged to be positive in outlook
towards itself and the world. Our priority is to recognise and develop the
abilities of our charges. We stand fast by the conviction that every child has
great potential and most surely must possess some exceptional talent or other
that should be nurtured.”
RDV dans 2 ans pour un « bilan »
(cher à notre système éducatif) elle ne saura peut-être pas compter, mais
1- elle aura bien mangé
2- elle se sera bien amusée, et …
3- elle aura plein de copains dans le monde (enfin, à valider… son voisin
de casier qui vient juste d’arriver lui aussi est serbe, et s’appelle Viktor
Milosevic, je me demande quand même si je vais avoir l’ouverture d’esprit
requise pour l’inviter à l’anniversaire de Mou)


